Lettre d’une fille à sa mère

Il y a cinq (5) ans, j’apprenais à être une fille-une mère-une sœur-une femme. Je n’avais auparavant jamais autant reçu de félicitations de ma vie, que le jour où ces personnes réunies, étaient venues te dire adieu. Je leur avais pourtant fait des signes – j’avais pourtant essayé de leur dire, mais je n’arrivais qu’à sourire. Aujourd’hui j’ai encore ces larmes retenues prisonnières auxquelles je dis souvent en guise de consolation – On ne nous a pas laissé le temps. De pleurer ? Non, on ne nous a pas laissé le temps. On nous a félicité bien avant, fiers de nous voir tenir le coup – tous entiers.

J’avais eu cette idée, un matin au réveil, de te faire promettre de me laisser faire le grand voyage avant toi. Tu m’avais dit : « Danielle, arrêtes de voir avant les autres. On a tout le temps devant nous. Ne t’inquiète de rien. » Il y a cinq (5) ans, j’apprenais ce qui est écrit dans les livres, mais que les hommes n’enseignent pas ! La douleur existe.

De toi je parle très peu parce qu’à toi j’ai encore tellement à dire ; souvent tes phrases résonnent en moi, mais se perd le son ta voix. Et je redoute ces jours à venir, où tous ces sons me paraîtront lointains, ton visage abstrait-aurais-je la force de continuer ? Notre rencontre interrompue a ce goût d’inachevé qui me rend à la fois forte de l’espérance d’une rencontre prochaine, mais incomplète d’un vécu sans toi. Chaque jour, ton petit Ali – le marchand de légumes du quartier, me salue en disant :« Bonjour jolie femme, la fille de ma tantie » avec ce ton si particulier dans la voix ; sa façon à lui de dire qu’il pense à toi. 

Pour toi, nous avons toujours voulu décrocher la lune car toi tu ne te dérangeais absolument pas pour emprunter le ciel et le mettre à nos pieds. Raison pour laquelle, j’ai arrêté de me poser certaines questions (pourquoi cela est-il arrivé ? Pourquoi sommes-nous nés noirs ? Et s’ils nous avaient laissé encore un peu plus de temps ?)  pour me consacrer à d’autres plutôt (Suis-je toujours sur la voie que tu m’aurais voulue voir emprunter ? Ais-je fait de mon mieux jusqu’à présent ? Qu’aimerais-tu que j’améliore ? Si j’étais à ta place, qu’aurais-je fais différemment pour le bien de tous ?).

Je pense souvent à ce que serait ma vie, si tu étais encore présente, physiquement. Je me l’imagine, calme, sereine, sans grande turbulences (les problèmes tu les gérais à coup de baguette magique, ta force et ta maîtrise de soi, nous envions toujours en secret, sans mentionner ta générosité hors norme qui nous faisait penser que tu venais d’une planète autre). Il ne se passe pas un jour sans que je ne ressente ce vide, ce manque cruel de toi. Jalousement, je chéris tous ces moments passés à deux ou en famille. Souvent je me dis que je serais peut-être malheureuse à vie, tant la douleur parait insurmontable. Mais en même temps, aussi bizarre que cela puisse paraître à certains, je ne regrette rien absolument rien. Tout ce que j’ai vécu, ressenti, touché ou pensé après toi; tous ces moments de doute, de peur, de stress, d’incertitude, de pleurs, ces cicatrices invisibles qui me marquent à jamais, m’enseignent et font de moi cette personne, que je n’aurais pas pu découvrir autrement. 

Toi mieux que personne, m’a appris très tôt à aimer mes imperfections, à vivre avec ce qui nous dépasse mais que nous ne pouvons effacer du revers de la main. Merci pour le chemin parcouru ensemble. Je ferais de mon mieux pour la suite, comme tu nous le disait souvent : « dans le pire, donnez le meilleur de vous-mêmes ». Ô combien je rêve secrètement de ce jour où je pourrais fièrement te dire : « mummy, wierd girl made it ! Born different is everything. » 

Ce texte, ils l’auraient tous voulu cinq (5) ans plutôt. Aujourd’hui je me sens prête, je peux enfin échanger autour de mots (maux).

May 17th, let’s not forget the unforgettable … An angel was born / A mother was gone/ A day was down… Infinity Love/

May GOD bless your soul … Rest In Peace

mf