"pray for Bassam" écrit au crayon

Un dimanche à Grand-Bassam

A quoi ressemblent mes dimanches ordinaires à Abidjan ?
Comme d’habitude je me serais levée tôt pour me rendre à l’église, puis, de retour à la maison, nous nous serions réunis en famille autour d’un bon plat  – sûrement du foutou à la sauce graine – avec fous rires garantis et papotage à n’en plus finir. En début d’après-midi mon téléphone aurait sûrement sonné : coup de fil des amis prêts à partir pour Grand-Bassam ! La destination idéale des dimanche ensoleillés…

Nous, on dit « Bassam ». En résumé : ville touristique au bord de la mer, à une heure de route d’Abidjan, connue pour son charme et ses superbes plages. Avec mes amis, en deux temps trois mouvements nous nous serions engouffrés dans une voiture, avec une glacière remplie de boissons fraîches, direction les vagues et le sable fin. Aux alentours de 18h nous aurions regagné Abidjan, après avoir bravé les embouteillages des quartiers de la zone sud.

Ce dimanche 13 mars 2016, comme n’importe quel dimanche, de nombreux abidjanais se sont sûrement laissés tentés par ce plan décrit plus-haut, levés de bonne heure et direction la plage ! Mais cette fois-ci certains d’entre eux ne seront jamais de retour à la maison. Leur chemin aura croisé celui des terroristes. Attaque sanglante : dix-huit morts selon le dernier bilan, à l’heure où je vous écris. Des consignes de sécurité sont données, un numéro vert est communiqué, les forces de sécurité ratissent les zones environnantes, tout le monde est en état d’alerte. Tout est bizarre, tout se mélange, j’ai du mal à digérer ce flot d’informations et toute cette émotion. Je ne cesse de me demander si cette horreur est vraiment arrivée. Assez vite je vois des messages affluer sur les réseaux sociaux et je réalise que la Côte d’Ivoire a été touchée pour de vrai. La Côte d’ivoire a fait son entrée dans le triste cercle des pays dont le risque de menace terroriste s’est transformée en « opération activée ». Aujourd’hui mon pays est désemparé et confus. Ca fait mal.

On en a marre d’être désolés et impuissants face au terrorisme qui frappe où il veut. Quel que soit le pays où l’on se trouve on veut continuer à rêver, parce qu’on veut garder foi en l’avenir même si ce monde semble être à l’agonie. Je ne coulerai pas de larmes pour ces tristes victimes de peur que mes larmes n’ échouent sur les plages de Grand-Bassam, en revanche je leur consacrerai ce billet, même s’il n’exprimera jamais à quel point nous avons le coeur brisé. Nous n’oublierons jamais les victimes de Grand-Bassam, nous prions et nous continuerons de prier pour eux et pour leurs familles.

Bien sûr, il faut dire et redire que le courage est plus fort que la peur, et, une fois nos morts ensevelis, nous retournerons comme nous savons si bien le faire sur les plages de Grand-Bassam. Nous irons sur ces belles plages, en famille, entre amis, pour passer du bon temps… Bassam a tremblé, mais la Côte d’Ivoire est debout. Le courage et la solidarité sont plus fort que la barbarie. Le courage et la solidarité nous aideront à surmonter cette épreuve.
Yako Bassam, Yako Côte d’Ivoire.